Poème anonyme

Poème ( auteur anonyme)


eloge_Petrarque

– Voyageur, qui t’amène aux rives de Provence,
Le long de ces golfes d’azur
Qu’effleure un vent léger, qu’éclaire un soleil pur?
Viens-tu voir ces ports où la France
Entasse ses trésors et tient ses canons prêts
A faire la guerre ou la paix?

– Non, dit le pèlerin. Aux rives de Provence,
Le long de ces golfes d’azur
Qu’effleure un vent léger, qu’éclaire un soleil pur,
Je viens prier. Le grand silence,
La grotte de la sainte et son divin rocher,
Voilà ce que je viens chercher.

Cette antique forêt qui projette son ombre
Aux flancs de ces rocs escarpés,
Cette falaise immense et ces pics découpés,
Cette caverne humide et sombre,
Magdeleine trente ans en a fait son séjour,
Ravie au ciel sept fois le jour.

Qu’il devait être beau ce jour où la Provence,
Le long de ces golfes d’azur
Qu’effleure un vent léger, qu’éclaire un soleil pur,
Vit venir sur la mer immense
Un esquif dépourvu de voile et d’aviron,
Battu des flots à l’abandon.

« Ce n’est pas un vaisseau de notre colonie,
Disait le marchand phocéen;
« Qu’apportent-ils? La croix d’un juif Nazaréen.
« D’où viennent-ils? De Béthanie.
« Exil, pauvreté, mort, tout leur semble profit,
« leur Dieu, disent-ils, leur suffit. »

Quel est ce Dieu nouveau, quel est ce Dieu barbare
Que la Grèce n’a point connu?
Ah! Marseille, qu’en tes murs il soit le bienvenu.
Ce Dieu, c’est l’ami de LAZARE,
L’hôte de MAGDELEINE et de MARTHE sa sœur,
Trois noms bientôt chers à ton cœur.

Dès qu’ils eurent foulé le sol de cette plage
Où Dieu préparait leurs tombeaux,
LAZARE, bénissant tous ces peuples nouveaux,
De la moisson fit le partage:
Le Rhône à Marthe; à lui la cité de la mer;
A MAGDELEINE le désert.

Soyez donc oubliés, Palestine lointaine,
Magdala, champ de volupté,
Lac de Génésareth, témoin de sa beauté,
Vous ne verrez plus votre Reine,
L’infranchissable mer la retient loin de vous:
Elle est à l’éternel Epoux.
Désormais sa patrie est au pays de France,
Le long de ces golfes d’azur
Qu’effleure un vent léger, qu’éclaire un soleil pur,
Que baigne la mer de Provence,
Là près de son Jésus, à l’abri des autels,
Reposent ses restes mortels.

O tombe de ma Sainte, ô précieuses cendres,
Front tout rayonnant de beauté
Où s’imprima le doigt d’un Dieu ressuscité,
Orbites de ces yeux si tendres
Qui sur les pieds d’un Dieu pleurèrent sans tarir,
Je vous ai vus…., je puis mourir!