Pie XI proclame Notre Dame de l’Assomption patronne principale de France

1922

 Pie XI proclame Notre Dame de l’Assomption
patronne principale de France
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Dominique Ponnau, historien de l’art, conservateur général honoraire du patrimoine (texte publié initialement le 8 avril 2017)

Tous les royaumes de la terre, et d’abord tous les royaumes chrétiens, qu’ils le sachent ou l’ignorent, quelles que soient les formes de leurs États, sont confiés à la garde de la Mère de Dieu, dont le Fils, Jésus-Christ, est le Roi, puisqu’il est le Roi de l’Univers. Il suffit de penser pour s’en convaincre au Mexique de Notre Dame de Guadalupe, à la Pologne de Notre Dame de Czestochowa, au Portugal de Notre Dame de Fatima. De l’Afrique à la Chine, de l’Argentine à la Russie, tous les pays, tous les continents de la terre sont l’apanage de la Reine des Cieux. « Royaume de France, Royaume de Marie » (Regnum Galliae, Regnum Mariae). En ces quelques mots, tout est dit. La France, Fille aînée de l’Église, est l’un des pays, sinon le pays, privilégiés par Notre Dame. En 1922, le pape Pie XI proclame d’ailleurs Notre Dame de l’Assomption patronne principale de la France.

Le Liban se confie à la Vierge Marie. Certains lieux du monde ont de cet apanage une idée claire et s’en réclament. Ainsi, en 2010, le Liban a fait récemment du 25 mars, solennité de l’Annonciation, un jour de Fête Nationale, où se rencontrent toutes les composantes de son peuple, chrétiennes et musulmanes, dans l’amour que porte à la Vierge-Mère le pays tout entier. C’est à la Reine de la Paix que cette terre, déchirée par tant de rivalités et de haines, a eu l’audace unanime de se confier. Comme si la « Porte du Ciel », l’un des titres que lui donnent ses litanies, était celle par où peuvent entrer dans le Sanctuaire divin, pour y contempler la beauté du Seigneur des mondes et communier en lui, tant de fils que tout oppose, parfois jusqu’au sang, y compris leurs conceptions si différentes de l’Adoration. Par le seuil du sanctuaire de l’Adoration, dont Marie est la porte grande ouverte, passent, pour tous les Libanais, l’Espérance, la Grâce de la Paix de Dieu.

Une France immortelle ? Non, la France n’est pas le seul royaume de Notre Dame. Cependant, la France est le pays qui, plus qu’aucun autre, a pris envers Notre Dame un engagement solennel de fidélité, qui durera aussi longtemps que durera ce pays, c’est-à-dire, je l’espère bien, autant que durera le monde. Écrivant cela, je n’oublie pas les mots prophétiques de Paul Valéry peu après la Première Guerre mondiale : « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » La France mourra-t-elle avant que ne meure le monde ? J’entends, la France de notre amour, la « France, Mère des arts, des armes et des lois », de l’harmonie des paysages naturels et spirituels, de l’équilibre entre la modestie et la grandeur, qui enfanta le dicton allemand : « Heureux comme Dieu en France », ou le dicton polonais : « Le ciel est trop haut et la France est trop loin. » Qui peut affirmer que cette France-là durera aussi longtemps que le monde ? Qui peut même affirmer qu’elle ne relève pas déjà de temps révolus ? Je me refuse à le croire. Je m’y refuse de toute la force de mon amour pour « notre mère la France », comme le disaient naguère encore les Libanais (trop souvent abandonnés par cette mère comme les autres chrétiens du Proche-Orient), car elle a pour toujours la gravité de Notre Dame du Puy et l’ineffable douceur de Notre Dame de Chartres. Gravité de la Mère des douleurs. Douceur de la Mère de compassion et de tendresse.  (…)
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