Origine du pèlerinage du lundi de Pentecôte

Origine du pèlerinage du lundi de Pentecôte

 

Depuis très longtemps, les habitants d’Auriol et des communes voisines se rendent en procession à la Sainte-Baume le lundi de Pentecôte. L’origine de cette coutume n’est pas très précise, mais dans une transaction passée en 1634 entre l’abbé de Saint-Victor et le Seigneur et la Communauté d’Auriol stipule que « cette procession est obligatoire annuellement, à cause d’un vœu que fit la Communauté dans un temps de peste et de mortalité ».

On sait que la Provence fut ravagée par deux épidémies de peste mémorables.
La première éclata à la Toussaint 1347 sous le règne de la reine Jeanne. Elle fut dite « la peste noire », dura deux ans et fit des ravages dans la région d’Aix-Marseille.
La deuxième commença à Aix en 1580. Les consuls quittèrent la ville. Epidémie et famine se conjuguèrent. Ce fut « la grande peste » qui dura sept ou huit ans. On dit qu’elle fut apportée par un milanais, faux ermite qui était accompagné d’une prostituée. Le faux ermite fut fait prisonnier puis brûlé sur la Place des Prêcheurs en 1588 et sa concubine fouettée aux carrefours de la ville.
Marseille n’avait été touchée qu’en 1582.
Et Auriol ? Dans des notes manuscrites, le chanoine Gorse nous dit: « Les années 1580 et 1581 furent fatales à la population de cette ville ; la grande peste y causa des ravages inouïs, soit par la mortalité elle-même, soit par le manque de secours et de nourriture ». Le Conseil de Communauté d’Auriol avait pris les sages mesures qui s’imposaient. Les portes étaient gardées. Un bulletin était exigé pour entrer ou sortir qui était délivré  contre argent sonnant aux habitants et qui devait porter le seing du loriot (l’auriol et auruou en provençal)). L’argent récolté devait servir à la garde des portes. Ces bulletins étaient exigés dans les estaminets et les auberges.  Les gens de guerre et de cavalerie refusaient les logements que la ville aurait dû leur fournir, mais ils exigeaient de la nourriture et de l’argent en compensation.
Nombreux furent les gens du village qui s’enfuirent. On dit que même l’ermite de la chapelle de la Sainte-Vierge s’en alla, qu’on le fit rechercher et qu’on l’obligea à réintégrer son ermitage ! La protection de Dieu, de la Vierge Marie et des saints du Paradis n’était pas de trop. Et le pèlerinage du lundi de Pentecôte à la Sainte-Baume pour demander l’intercession de sainte Marie-Madeleine serait né à cette occasion.
Les pèlerins étaient défrayés et la nourriture leur était offerte. La commune offrait des cierges pour la grotte.
La procession se faisait sous le patronage des Pénitents Blancs et perdura jusqu’à la Révolution, période à laquelle la Confrérie des Pénitents fut abolie. Elle sera reconstituée en 1806, mais si les pèlerinages reprirent à la Sainte-Baume dès 1814, mais ce n’est qu’à partir du lundi de Pentecôte 1822 que les Pénitents Blancs d’Auriol reprirent leur pèlerinage annuel. Ils partaient à minuit de l’église paroissiale, au son des cloches, et s’avançaient en chantant les litanies entrecoupées de Sancta Maria Magdalena, ora pro nobis. Après une halte casse-croûte dans le Grand Pré, les Pénitents montaient à la grotte pieds nus, revêtus de leur livrée et de leurs insignes, toujours en invoquant le nom de Marie-Madeleine. Après avoir entendu la messe à la grotte, pris un bon déjeuner dans la prairie, les pèlerins regagnaient Auriol avec la même ferveur et le pèlerinage s’achevait par la bénédiction du Saint-Sacrement dans l’église paroissiale.

Tiré du Récit du pèlerinage du roi Louis XIII à la Sainte Baume
et de son entrée triomphante dans la ville de Marseille, en 1622.

Par M° Jacques Ravat
Contemporain et témoin, en partie, des faits qu’il raconte.

Publié et commenté par un ancien pèlerin de Jérusalem
Et de la Sainte Baume