Marie-Madeleine

Marie-Madeleine et la tradition de Provence


Une, deux ou trois Madeleine ?
Posons la question: « Qui est Marie-Madeleine? »
Réponse fréquente: « Marie-Madeleine c’est une pécheresse, (ou même une prostituée) qui s’est repentie. Le Seigneur lui a pardonné ses péchés.
Elle est aussi la sœur de Marthe et de Lazare.
Elle est celle qui la première vit le Christ ressuscité. »

Pour nous aussi elle est tout ça (sauf une prostituée: femme facile sans doute, mais pas vénale), et beaucoup plus encore, mais si l’on suit pas à pas ce que nous en disent les évangiles, ce n’est pas si simple. Pour d’autres, il y aurait trois femmes différentes:
   – La pécheresse,
– Marie de Magdala, 
la Magdaléenne, dite Marie-Madeleine,
   – Marie* (dite de Béthanie)sœur de Marthe et Lazare.

La pécheresse, c’est cette femme qui s’introduit chez Simon le pharisien à l’occasion d’un dîner auquel il avait invité Jésus. Elle se précipite à ses  pieds qu’elle embrasse, qu’elle inonde de ses larmes, qu’elle oint de parfum, qu’elle essuie de ses cheveux. Au grand scandale de l’assistance Jésus lui pardonne ses péchés et la renvoie lui disant: « Ta foi t’a sauvée; va en paix ». (Luc 7, 36-50)Son nom, l’évangéliste ne le précise pas, mais dans les lignes qui suivent, il nous présente les femmes qui suivaient Jésus et la toute première est Marie de Magdala dont étaient sortis sept démons, (Luc 8,2), la première aussi à qui apparaîtra le Christ après sa résurrection: « Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala dont il avait chassé sept démons. » (Marc 16,9).
N’est-il pas pensable que la pécheresse pardonnée et Marie de Magdala qui va suivre Jésus jusqu’au bout soient la même femme?
Quant à Marie* (dite de Béthanie), elle nous est présentée comme la sœur de Marthe et de Lazare avec cette précision: « Cette Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec les cheveux » (Jean 11, 2): la pécheresse donc, qui va renouveler son geste quelques jours plus tard, oignant les pieds du Christ de nard, un parfum très cher, chez Simon le lépreux. C’était alors six jours avant la crucifixion (Jean 12,1-11). Voilà donc deux onctions, mais à deux endroits différents, à deux moments différents, chez deux personnes différentes. Dans la première , le Christ est celui qui remet les péchés; dans la seconde il annonce sa sépulture: « laisse-la, dit-il à Judas. C’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum. » Deux onctions par la même femme nous suggère donc Saint Jean, et lors de la Passion et de la Résurrection, c’est bien Marie de Magdala qui est là.

img30_resurrectionMais que Marie* (dite de Béthanie) soit aussi la pécheresse, certains ne peuvent l’admettre et pensent que saint Jean a écrit au passé ce qu’il aurait dû écrire au futur: « cette Marie sera celle qui oindra le Seigneur….» mais ce n’est pas ce qu’il a écrit. Il a vécu toute cette période près du Christ. Il sait ce qu’il a nous dire: soyons donc respectueux de son texte.

Maintenant, si on veut lire à travers les lignes, se dessine le portrait d’une femme unique, celui d’une femme riche qui a une résidence à Magdala et est originaire de Béthanie, qui peut se payer le plus cher des parfums et assurer l’intendance lors des déplacements de Jésus. Une femme de la bonne société qui reçoit chez elle le tout Jérusalem après la mort de son frère Lazare.
Elle est aussi une femme qui ose: chargée de ses péchés et précédée de sa mauvaise réputation, elle vient faire scandale chez Simon le pharisien. Elle accompagne Jésus lors de sa passion jusqu’au pied de la croix. Elle sera au tombeau au tout petit matin. (Où étaient-ils donc les apôtres?)
Elle est enfin une femme qui se tient volontiers aux pieds de Jésus, qui l’écoute, qui pleure, qui aime.
Cette femme, c’est celle que nous appelons Marie-Madeleine,  qui nous a fait l’honneur de venir évangéliser la Provence, de se retirer à la Sainte-Baume et d’avoir sa sépulture à Saint-Maximin.

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1-MM -Vézelay-St Maximin,
2-Son sarcophage
3-Le temple de Diane
4-La Sainte-Baume
5-Ne pas confondre
6-Saint Cassien
7-Ses représentations
8-Etude anthropologique des ossements de Marie-Madeleine 1974

Remarque:

L’Evangile ne dit jamais: « Marie de Béthanie »!
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Nous conseillons de lire à ce sujet l’étude de Marie-Christine Feuillet,

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la synthèse qu’en a faite le Père Florian Racine,
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et son tableau des correspondances dans les Evangiles, 
et
« Mais qui est donc Marie Madeleine? » du Frère Devoucoux
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André-Vincent, Philippe, Retour sur la « légende de Marie-Madeleine », Fascicule 13, T. 3,1953,p. 159-188
ID du document :
PH13-55-22
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