19 Mars 2018 : lundi de la Saint Joseph au Bessillon

http://www.saintsdeprovence.com/wp-content/uploads/2018/02/StJo2018_001.jpgle programme de ces 2 jours était le suivant:

18 mars Pèlerinage diocésain
09h30- Messe dominicale au village
10h15 – Prière du Chapelet au Sanctuaire NDG
11h00 – Conférence
12h15 – Repas chaud*ou pique-nique
13h45 – Procession vers le Monastère St Joseph
15h00 – Messe à St Joseph présidée par Mgr Rey

19 mars Fête solennelle de St Joseph
10h30 – Messe à St Joseph présidée par Mgr Léonard
12h15 – Repas chaud ou pique-nique dans les jardins du Sanctuaire NDG
15h00 – Procession autour du Sanctuaire NDG
15h30 – Conférence

Notre stand de l’ASTSP est resté les deux jours 18 et 19 au sanctuaire de Cotignac

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Homélie du Dimanche de Mgr REY du Dimanche 18 pour la célébration de la consécration du diocèse du Var à Saint Joseph.

(pour l’imprimer cliquer sur le lien St Joseph 2018 homélie de Mgr Rey)

St Joseph, patron des mourants

Dans les litanies qui lui sont dédiées, saint Joseph est invoqué comme le patron de la bonne mort, le patron des mourants.
L’Écriture et la Tradition ne disent rien du terme de la vie terrestre du père nourricier de Jésus. Tout laisse supposer que Joseph a disparu avant le départ de Jésus pour le désert, au début de la vie publique. À Cana, Marie semble bien être veuve ; elle dépensera sa vie à accompagner Jésus dans son ministère.
Joseph s’est éteint comme il a vécu : humble, discret, obéissant sans restriction à la volonté de Dieu, Lui qui sonne comme Il l’entend l’heure de notre départ, comme Il décrète, comme Il le veut, l’heure de notre arrivée sur terre.
Joseph ayant accompli à Nazareth sa mission de père nourricier, se retire « sur la pointe des pieds », il s’efface sans bruit, sans plainte, entouré sans doute de la présence consolante de Jésus et de son épouse Marie, à son chevet.
Cette pudique et confiante disparition de Joseph nous aide à porter une réflexion salutaire sur la mort.
Cette réflexion sur la mort est d’autant plus utile aujourd’hui que celle-ci est dévoyée. Notre culture sécularisée, qui perd toute référence à un au-delà de l’existence terrestre et qui désacralise la vie, est tentée de gommer la mort. La généralisation progressive de la crémation, outre ses avantages économiques, traduit symboliquement cette tentation de ne plus laisser trace de la présence du défunt. Le cadavre part en fumée, s’envole aussi son souvenir. La poussière devient cendre. Elle n’est plus semence. Certes les apparences extérieures restent sauves, mais le sens est inversé. La charité d’une vie, c’est de continuer à faire vivre les autres par-delà la barrière de la mort, par la mémoire de ce que nous avons pu transmettre aux générations passées, et que chaque tombe nous rappelle et qui se poursuit dans la communion des saints qui continue de nous unir les uns aux autres.
En christianisme, la mort ne se comprend qu’à partir d’un événement que Jésus a inscrit dans l’histoire de l’humanité il y a 2 000 ans : la Résurrection Seul peut nous parler de la mort celui qui en est revenu.
Paul n’aura de cesse à répéter aux premières communautés chrétiennes : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est ma foi ». « Dans la mort du Christ, la mort est morte » ajoute saint Augustin. Le trépas ne débouche pas sur une impasse ou dans un trou, mais sur une rencontre, un face-à-face, un visage, celui de Ressuscité. La mort devient pascale.
On dit qu’une vie s’achève. Mais en français comme en hébreu, il faut se rappeler que le mot « achever » a une double signification : achever c’est terminer, mais aussi accomplir, c’est-à-dire parvenir à une perfection, comme une œuvre d’art qui dit-on, est achevée. Notre existence débouche sur une victoire, un triomphe qu’offre la foi en dépit des apparences contraires. La foi nous prémunit de la peur de tout perdre. Au contraire, elle nous offre dans le Christ l’assurance de tout gagner, de participer au salut de Dieu.
Ainsi la vie ne se comprend plus comme une descente brutale ou progressive vers le tombeau, mais comme une ascension sur les traces de Jésus, jusqu’à un sommet : celui de l’amour plus fort que la mort. L’amour conduit la foi à l’espérance. La mort devient un porche d’entrée, une initiation à la vie éternelle.
De la même manière que la langue hébraïque, la vie se lit désormais à l’envers, à partir de sa fin, c’est-à-dire de sa destination, à partir de la Résurrection, comme l’ont expérimenté les pèlerins d’Emmaüs. Désemparés par la Passion du Christ, ils s’éloignaient de Jérusalem et voici que Jésus les a rejoints sur la route de leur désespoir, de façon anonyme, pour leur expliquer à rebours, tout en marchant à leurs côtés, la signification et la nécessité de sa Passion, à partir du témoignage de sa propre Résurrection.
Face à cette question brûlante de la mort, deux grandes tentations traversent notre société. D’abord, la tentation du suicide, si marquant chez les jeunes. Les dernières enquêtes attestent que le suicide en France est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents de voiture, soit près de 10 000 par an. Mais n’oublions pas non plus le suicide chez les personnes âgées, livrées à l’isolement.
Prochainement la loi risque d’offrir, avec la légalisation de l’euthanasie voire du suicide assisté, la possibilité technique de mettre fin à ses jours comme si le mal de vivre ou la vieillesse étaient un mauvais moment à passer, et qu’il fallait en précipiter l’issue. En raison de la déchéance pressentie, on voudrait hâter l’échéance.
Réussir la vie c’est aussi réussir sa mort. Non pas pour se la donner, mais pour la vaincre. Non pas pour la subir (en entrant dans son jeu) et en précipitant son cours, mais en l’accueillant comme Jésus qui en a fait un chemin pour entrer dans sa gloire.
La vie est un cadeau du Ciel. Elle nous offre le miracle d’être. Nous n’en sommes pas les propriétaires mais seulement les locataires, à charge pour nous d’en avoir grand soin pour la protéger, l’embellir de tout notre amour, la parer de toutes nos vertus. Et le meilleur de cette vie nous est réservé pour la fin. Cette longévité doit donc être par nous-mêmes et par la société, protégée, honorée jusque dans la sénilité puisqu’elle s’ouvre dans un dernier souffle à un avenir, à la vision de Dieu. Ainsi la foi en Dieu qui garantit le caractère sacré de la vie, protège l’homme et la société de toute agression que pour mille raisons de confort ou de coût, on serait tenté de lui infliger pour l’écourter.
Il y a encore un deuxième péril qui menace notre société face à la question de la mort. C’est ce que le philosophe Alain Finkelkraut appelle le « jeunisme ». Le jeunisme promet le divertissement, la fête continuelle, le corps toujours bronzé et athlétique, le corps intact et immortel. Ce jeunisme est un piège au visage avenant car il referme la jeunesse sur tous les autres âges de la vie. Au fond, il paralyse la vie dans son écoulement, dans son passage continuel qui laisse place aux nouvelles générations, à ce que les anciens auront préparé pour ceux qui les suivront. Nous connaissons tous les leitmotiv mercantiles de la mode ou des codes esthétiques : « rester toujours jeune ». Certains seniors en se grimant en jeunes, encroûtés de crème anti-âge, gonflés de botox, survitaminés en compléments alimentaires, adeptes du viagra, s’épuisent dans les salles de sport ou barbotent dans les piscines de l’aquagym, pour cultiver l’utopie de cette éternelle jeunesse, de l’immortalisme. Ils cèdent ainsi au culte esthétique de la performance perpétuelle. Ils refusent de s’effacer en vivant simplement leur âge, privant ainsi les jeunes générations de ce qu’ils sont devenus et de ce qu’ils doivent leur communiquer : un enracinement dans un temps long, une sagesse et un art de vivre… qui épargnent aux nouveaux-venus de tout réinventer et de tout ré-apprendre. Ils déshéritent les nouvelles générations en n’assumant pas leur âge. Ils oublient aussi qu’un tissu usé laisse plus passer la lumière. Le jeunisme escamote la vieillesse et la mort. « Une civilisation où il n’y a plus de place pour les personnes âgées ou qui les met au rebut, est une société qui porte en elle le virus de la mort » (Pape François).
Saint Joseph, patron de la bonne mort, nous invite à sa suite à nous approcher de notre fin avec confiance. La confiance du juste qui toute sa vie, à l’école de l’humanité de Jésus à Nazareth, s’est préparé à le rencontrer au terme de son existence. « Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue », dira Jean-le-Baptiste à propos de son cousin. Telle pourrait être également la devise de Joseph.
«L’arbre tombe du côté où il a toujours penché ». Joseph a pleinement honoré ce dicton populaire. Car la mort se prépare chaque jour par des abandons successifs et par des deuils consentis. D’ailleurs, le rythme du soleil qui nous fait passer quotidiennement de la clarté du matin vers l’obscurité de la nuit, exprime dans l’ordre du cosmos ce que nous avons à assumer existentiellement, en restant toujours orienté vers cet astre sans déclin qu’est le Christ, « lumière d’en haut, venue nous visiter ». Nous marchons vers le Seigneur avec le Seigneur.
En évoquant la mort, il ne s’agit donc pas de sombrer dans le morbide ou l’angoisse nécrologique face à la limite chronologique qu’elle impose, mais de comprendre la vie comme une assomption dans la durée de notre vie terrestre, vers une vie en Dieu. Une vie en Dieu déjà assumée ici-bas, mais qui trouve sa plénitude et son accomplissement dans la gloire du ciel.
L’essentiel est de laisser derrière nous les traces indélébiles de la charité. « Au ciel nous n’emporterons que ce que nous avons partagé avec les autres », rappelle le Pape François.
Que saint Joseph nous aide à préparer et à vivre notre Pâque dans cette espérance que nous offre le Christ et qui n’aura pas de fin !

+ Dominique Rey
Cotignac, le 18 mars 2018