Graffite de Glanum

Graffite paléo-chrétien de Glanum


D’après une conférence de Marcel Chappe en 1999.

Glanum est la ville antique de Saint-Rémy de Provence. Celto-ligure lors de sa fondation, puis ville hellénistique en lien avec Marseille, elle passa sous la domination romaine lorsque César s’empara de Marseille en 49 avant J.C. Elle fut détruite en 270 lors d’invasions barbares.

Des fouilles furent effectuées au siècle dernier et le responsable, monsieur Rolland, en publie le résultat dans « Fouilles de Glanum  1947-1956 » XIe supplément à Gallia, Centre National de la Recherche Scientifique. Il y décrit en page 122, en parlant de la « maison de Sulla », les graffites qu’il y a trouvés:
« Dans les décombres supérieurs appartenant au plus tôt au premier siècle de notre ère, on a recueilli des fragments d’enduit pariétal rouge. Sur deux d’entre eux, se trouvent des restes de graphites, le premier ne porte que la lettre X dont le sens peut être donné par le second fragment, où à côté de la figure d’un poisson nageant à droite on lit, tracé en biais, le mot « ICTUS » répété une seconde fois sous le poisson; les caractères employés sont à tendance cursive avec ligature entre U et S, et l’epsilon à base arrondie.

graffite_GlanumCes graffites attestent la présence à Glanum d’une communauté chrétienne, mais il est prudent de ne pas leur assigner une date précise. » Il ajoute qu’ils sont probablement d’une assez haute époque et au plus tôt au premier siècle de notre ère, ce dont personne ne doutera puisque il n’y avait pas de chrétiens avant. Les membres de cette communauté qui écrivaient en grec devaient être d’origine orientale. Et à cette époque le latin n’avait donc pas encore supplanté le grec.

Les tout premiers chrétiens qui ont vécu à des époques troublées et qui devaient alors se montrer discrets sur leur appartenance au christianisme, avaient des signes de reconnaissance parmi lesquels le poisson était un des principaux. Pourquoi? Parce que « poisson » en grec, c’est ICTUS (dans notre alphabet), dont les cinq lettres forment les cinq initiales des mots qui se traduisent par « Jésus-Christ, Fils de Dieu, le Sauveur »:
– I ou J = Jésus
– C ou X = Christus
– T ou T = Dieu
– U = le Fils
– S = Sauveur
Quant à la lettre X, trouvée sur l’autre fragment, c’est l’initiale de Christus.

Ce graffite est une preuve de plus de l’évangélisation très ancienne de la Provence.