Volusianus et Fortunatus

Epitaphe de Volusianus et Fortunatus


C’est une épitaphe chrétienne nous dit Le Blant dans son ouvrage l’Epigraphie Chrétienne en Gaule et dans l’Afrique Romaine, page 11: « Les plus savants ont accepté avec moi comme chrétienne et des temps primitifs cette inscription ».

Elle est des temps primitifs car la qualité de l’inscription dénote un travail du Ier ou IIè siècle.

Ce qui permet d’affirmer qu’elle est chrétienne:
le lieu.
Elle a sa place à Saint-Victor.
– on sait que l’abbaye Saint-Victor de Marseille a été construite sur une nécropole très ancienne. Les premiers chrétiens pouvaient s’y retrouver autour de Marie-Madeleine et de Lazare dont on voit encore la confession, c’est à dire l’endroit où il professait sa foi.
– C’est près de l’abbaye, lors de fouilles effectuées en 1799 dans l’ancienne nécropole, que fut trouvée cette inscription.
– C’est dans la crypte de Saint-Victor que cette pierre a été replacée et qu’on peut aujourd’hui aller la voir.

l’inscription:
– L’ancre 
: Chez les premiers chrétiens, dessiner une ancre, c’était une manière discrète de dessiner une croix formée par la verge et le jas, un signe de reconnaissance qui ne se retrouve que dans des inscriptions très anciennes. De plus, l’ancre est le symbole chrétien de l’Espérance: « Pour notre âme, l’espérance est sûre et solide comme une ancre ». Lettre aux Hébreux 6, 18-19

– le mot « refrigeret », un imparfait du subjonctif, pas facile à traduire d’un mot, qui marque le souhait de trouver le rafraîchissement, de participer au repas céleste, c’est à dire de vivre dans le bonheur éternel après de Dieu: « Heureux celui qui participera au repas dans le Royaume de Dieu » trouve-t-on chez Luc en 14, 15 et en 28, 30 « Vous mangerez et boirez à ma table en mon royaume ». « O mon Dieu, que mon âme trouve près de Toi un lieu de rafraîchissement et de paix » dit saint Augustin dans ses Méditations, 37. C’est une référence permanente dans la primitive Église que l’on retrouve sur les pierres funéraires et dans les catacombes.

– L’inscription reconstituée suppose que les martyrs ont souffert le supplice du feu, « vim ignis », les deux termes étant généralement associés dans les Actes des martyrs. Mais lorsque le mot « ignis» est en plus associé à « refrigeret » ou au substantif « refrigerium », la référence au verset 12 du psaume 66 (65) s’impose: « transivimus per ignem et aquam, et induxisti nos in refrigerium » : Nous sommes passés par le feu et par l’eau et tu nous as conduits au céleste banquet. 
Même référence dans la Lettre de l’Eglise de Smyrne à l’Eglise de Philadelpie et à toutes les Eglises catholiques sur le martyre de saint Polycarpe: « Qui pourrait ne pas être ému d’admiration à la vue de ces hommes incomparables pour qui les tortures et les chevalets, les fouets armés de pointes, le fer des bourreaux et les flammes d’un bûcher ardent n’étaient qu’un doux et agréable rafraîchissement ? » Cela se passait à Smyrne en la sixième année de l’Empire de Marc-Aurèle qui règna de 161 à 180.
Marc-Aurèle fut aussi à l’origine d’autres persécutions: à Rome en 167 périt Justin le Philosophe, et à Lyon en 177 périrent Pothin, Blandine et leurs compagnons.
Et puisque dans la seconde partie du deuxième siècle il y a eu des persécutions à Smyrne, à Rome, à Lyon, qui pourrait affirmer qu’il n’y pas eu aussi des persécutions à Marseille à cette même époque et que Volusianus et Fortunatus n’en furent pas victimes?

– Encore aujourd’hui, après 20 siècles de christianisme, lors de la prière en latin de la messe pour les défunts, on dit: « Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas deprecamur. »: « pour eux et pour tous ceux qui reposent dans le Christ, nous implorons ta bonté: qu’ils entrent dans la joie, la paix et la lumière ». « Locum refrigerii » étant rendu par l’idée de « joie ».

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Inscription

volusianis_min…..TRIO VOLVSIANO
…..EVTYCHETIS FILIO
…..O FORTVNATO QUI VIM
igniS PASSI SUNT
…..GIA PIENTISSIMIS
REFRIGERET NOS C
ui…..
Omnia poTEST

Cette inscription est donc dédiée à Volusianus et Fortunatus qui ont subi la violence du feu. Elle se termine par une invocation et le dessin d’une ancre.

Comment les choses nous arrivent, fortuitement ou providentiellement, du passé…

Marrou Colotte d’où vt l’épitaphe de Volusien et Fortunat PH-1974-24-098_01