Notre participation à la Sainte Marie-Madeleine à la Sainte Baume le 22 Juillet 2020

Nous étions  plusieurs de l’Association à participer à la procession en forêt des reliques de Sainte Marie-Madeleine. Départ de l’Hôtellerie à 9 h,30, avec en tête la bannière de Sainte Marie-Madeleine des dominicains, et la nôtre des Saints de Provence juste derrière.

Départ par l’orée de la forêt vers les Trois chênes, puis montée par le chemin des Roys, jusqu’à mi-hauteur, puis sous le direction du Frère Patrick-Marie, Prieur, la procession pris un chemin forestier à l’horizontale rejoignant le chemin du « Canapé ». Nous l’avons descendu jusque dans la prairie en y pénétrant par le portillon qui est au fond de l’allée des marronniers.

Tout était préparé pour la messe sous l’ombrage des pins qui bordent l’allée des marronniers. La messe était célébrée par Mgr Pierre-Antoine BOZZO, évêque de Limoges, cousin germain du Prieur des dominicains de la sainte Baume. Il se présente à nous et nous fait part d’un baptême en début de messe. Il s’agit d’un catéchumène  d’une quarantaine d’années, Mohamed, qui demande le baptême pour prendre le nom de Benoit-Michel. C’est très émouvant, d’autant plus qu’il fera sa première communion au court de la même messe. Il était entouré de ses deux témoins.

La messe s’est poursuivie normalement accompagnée par un chœur composé de jeunes sous la directions d’un dominicain. L’homélie a été très belle, je l’ai demandée pour la faire paraître dans notre prochain bulletin. Nous étions une assemblée d’environ entre 300 et 400 personnes, ce qui est bien pour un dé-confinement progressif.

Le repas suivit dans la prairie ou chacun a pu se retrouver pour échanger.

La fermeture de la Grotte pour cause de chute de pierres, n’a pas nui à la qualité de cette journée. Nous remercions les Frères dominicains de l’avoir organisée ainsi. Elle fut simple et chaleureuse, rehaussée par la présidence de Mgr Pierre-Antoine BOZO, évêque de Limoges qui visiblement prêchait pour la première fois accompagné par la chant des cigales. Il y eu aussi ce baptême d’un converti musulman qui est rare et que nous apprécions d’autant plus.

Homélie de Mgr P A BOZO
+ Un évêque est aussi, nécessairement, un frère prêcheur. Je prêche donc aujourd’hui
en un lieu que je découvre, à des frères et sœurs dont la proximité avec Ste Marie-
Madeleine est quotidienne ou au moins régulière… Mais sans connaître la Sainte
Baume, je me suis efforcé de vivre spirituellement, ces derniers temps, dans le
compagnonnage de la Madeleine et conformément à la devise dominicaine,
contemplata aliis tradere, je vous transmets ce que j’ai contemplé de cette figure si
attachante et étonnante de Marie de Magdala.

Puisque j’ai évoqué une devise dominicaine, je voudrais aussi évoquer ma devise
épiscopale : Caritas Christi urget nos. La charité du Christ nous presse. Ce verset est
extrait de la deuxième lettre aux Corinthiens. Sans vous en rendre compte, vous l’avez
entendu à l’instant, dans l’épître de Paul. Vous ne vous en êtes pas rendus compte,
parce qu’elle a reçu une autre traduction dans la liturgie : « l’amour du Christ nous
saisit ». Paul parle d’expérience. Il sait ce que signifie être « saisi » par l’amour du
Christ. Être saisi, au double sens d’être pris et d’être sur-pris par cet amour.

Ce « saisissement » est possible parce qu’« un seul est mort pour tous ». Ainsi tous
peuvent être saisis par lui. Ce que Paul dit autrement aux Galates : le Christ « m’a
aimé et s’est livré lui-même pour moi » (2, 20). Il s’est livré lui-même pour Paul, pour
Marie-Madeleine, pour Blaise Pascal aussi, qui fait dire à Jésus : « j’ai versé telle
goutte de sang pour toi » (Lafuma, 919). Il s’est livré pour moi et pour vous et pour
Mohamed qui l’a compris si authentiquement qu’il va dans un instant recevoir le
baptême.

Cet extrait de la lettre aux Corinthiens – « l’amour du Christ nous saisit » – est donc
proposé pour la fête de ce jour, parce qu’il est adapté à Marie-Madeleine. « Saisie »
par l’amour du Christ, elle l’a été au plus haut point. Elle a été saisie, aimantée par
Jésus, sa personnalité, ses paroles, ses attitudes, sa miséricorde, son attention, le
regard nouveau qu’il a porté sur elle, sans égard pour sa mauvaise réputation.

Alors, permettez-moi de vous interroger simplement : l’amour du Christ vous a-t-il
« saisis » ? Vous a-t-il pris et sur-pris ? Désirez-vous qu’il en soit ainsi ? Ou, pour
reprendre les paroles du Psaume : votre âme a-t-elle « soif de Dieu », s’attache-t-elle
à lui ? Certainement un peu puisque vous êtes là. Mais on peut tellement être « une
âme habituée » selon le mot de Péguy. Une âme qui ne mouille pas à la grâce, qui n’a
pas de défaut dans l’armure, qui n’est pas blessée… La charité de Dieu ne « panse
point celui qui n’a pas de plaies » (Péguy, Note conjointe sur Monsieur Descartes).

Nous aimons les saints qui ont eu une vie débridée, sinon dissolue, avant de rencontrer
le Christ. Marie-Madeleine, Augustin, François d’Assise, Charles de Foucauld pour ne
citer que les incontournables. On les aime parce que le contraste est frappant entre
‘avant’ et ‘après’. Parce que l’action de la grâce en eux est éblouissante, mais aussi
parce qu’ils ont des défauts dans l’armure, des plaies à panser et présentent ainsi une
ouverture à la grâce.

Faisons attention que cet appétit pour les conversions fulgurantes ne nous détourne
pas de la conversion moins fulgurante : celle qui nous concerne, la conversion
quotidienne, cachée. Celle « des honnêtes gens » pour reprendre Péguy, qui risquent
toujours de se croire trop honnêtes pour avoir à se convertir. Notre appel à changer
de vie n’est pas moins radical que celui qu’a reçu Marie-Madeleine. La victoire est au
terme. Pour l’heure, c’est souvent, un pas en avant et deux pas en arrière, chute et
rechute. Mais selon l’encouragement de Saint Augustin, « Si le Seigneur ne nous
trouve pas victorieux, qu’il nous trouve au moins combattants ». La Madeleine ouvre à
chacun de nous ce chemin de conversion.

L’amour du Christ a donc « saisi » Marie-Madeleine. La belle page de l’Évangile de
Jean que nous venons de lire montre qu’également Marie-Madeleine aurait bien aimé
saisir Jésus, le tenir et le re-tenir. Elle ne supporte pas son absence, même l’absence
de son corps sans vie – ce qui indique au passage l’importance d’une sépulture
repérable pour aider au travail du deuil – : « on a enlevé mon Seigneur et je ne sais
pas où on l’a déposé ». Madeleine pleure donc, tellement douloureuse de n’avoir plus
accès à Jésus, à son corps, au point que ni les anges qui la rencontrent, ni Jésus lui-
même qui lui parle sans qu’elle ne le reconnaisse, ne la distraient de cette
préoccupation : « où est son corps ? »

Mais quand le Christ vivant se révèle en l’appelant par son prénom et qu’elle le
reconnaît, on peut penser qu’elle essaie de le « saisir » ou au moins de le toucher,
puisque Jésus l’en dissuade : « Noli me tangere » – me tenere, me mou aptou -, ne me
retiens pas, ne me touche pas. L’immense joie de cette apparition du Ressuscité est
comme dissuadée par Jésus d’être une joie trop simplement humaine et charnelle.
Jésus invite Marie à une expérience de foi, qui dépasse l’aspect visible, tactile,
sensible. Le Seigneur qu’elle côtoyé sur cette terre est désormais dans la condition
indéfinissable, glorieuse, du Ressuscité. Il n’a pas déserté notre condition d’homme.
Mais il l’a assumée dans une vie radicalement nouvelle. Ce « noli me tangere » nous
concerne aussi. Il est un appel adressé à nous tous, à toute l’Église pour entrer dans
une relation à Jésus qui dépasse les réalités sensibles et soit une réelle expérience
de foi.

Notre époque de sensations fortes cherche des relation fortes, sensibles, y compris
avec Dieu, avec le Christ. Nous aimerions le saisir comme nous sommes saisis par
lui. Nous avons besoin de voir, d’entendre, de toucher et de saisir. L’épreuve du
confinement, qui nous a privé de la vue et souvent du toucher des autres, en atteste :
nos relations passent par les cinq sens.

Mais Dieu ne se connaît vraiment que plus en profondeur ou en hauteur. Et comme il
est beau de penser que Marie-Madeleine, l’Apostolorum apostola, l’apôtre des
Apôtres, a passé les dernières années de sa vie dans la solitude d’une contemplation
qui se vivait dans la foi nue, souvent sans clarté et sans horizon, au cœur de cette
grotte qui aurait dû nous accueillir…

Marie-Madeleine nous appelle à la conversion continue, permanente. Elle nous invite
également à cette forme de connaissance et de relation avec le Seigneur sous le mode
de la foi, souvent non sensible. Cette foi demande à être soutenue et nourrie. Elle le
sera pour notre néophyte Mohammed devenu Benoît-Michel. Elle sera soutenue par
la foi de l’Église et par les mystères sacramentels. Dieu y prend soin de nous en
honorant nos sens, mais a minima – le pain eucharistique n’a pas beaucoup de goût
– parce qu’il faut dépasser l’apparence pour s’installer à une profondeur nouvelle.

Ne me touche pas. Crois. Crois que je fais toutes choses nouvelles, dans ta vie, dans
le cœur des hommes qui cherchent sincèrement la lumière de la vérité. Nous ne
pouvons pas saisir Jésus, mais seulement nous laisser saisir par Lui. Sa charité nous
saisit. Elle nous presse aussi – urget – elle nous presse de l’annoncer, à la suite de
Marie-Madeleine, premier témoin du Ressuscité.

ci joint quelques photos de la procession, et de la messe.